Paysage intérieur- Face à l'immortalité

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Face à l'immortalité
ceramic installation, <Objective Terre>, 18ème biennale de Châteauroux, 2015
Ceramic Event VI, Ceramic Expo, Hotel Molière, Bruxelles, Belgique, 2014


 

Paysage intérieure - Face à l'immortalité

Formes en grès sommaires, recouvertes aux deux tiers par des amas de petites têtes sérielles en porcelaine, émaillage nourri aux accents rouges et blancs, ce sont des corps sensibles recouverts d’une même peau émue, où chaque petite tête traduit un temps passé ensemble.
Il règne un lourd silence. Les mots resteraient sans effet. Face à face amoureux et tragique de deux corps maintenus à distance par la mort. Tension.
Cet espace-temps est aussi celui de l’absence et de la souffrance, de l’espoir, de l’amour qui ne se résout pas à l’abandon. Devant le corps roide, déjà dans son linceul, la figure s’agenouille, digne, déférente et aimante, prête à accueillir en son sein, en sa peau et en sa mémoire ce corps déjà lointain et pourtant si peu différent.
C’est une Piéta humble et ardente. C’est une vigie, à jamais en éveil devant la mort. Myung-Joo Kim a rompu avec la joliesse de ses sujets antérieurs.
Sa naïveté est brutalement tombée, tel un rideau de scène qui clôt l’enfance. Corps laconiques, réduits à un tronc et à quelques moignons. Merveilleux usage de l’émail, partiel et aux coulures puissantes. Expression si sincèrement ressentie. Entre ombres et lumièrees, Myung-Joo Kim a basculé dans l’art.

Stéphanie LE FOLLIC-HADIDA, Docteur en histoire de l’art  / 
< Objectif Terre > 18ème Biennale Internationale de la Céramique Contemporaine de Châteauroux, 2015

Paysage intérieure - Face à l'immortalité

Dans « Face à l’immortalité », deux corps apparaissent sur la scène : l’un à genoux et l’autre posé sur le sol. La partie supérieure de leur corps est composée de plein de petits visages comme des œufs. Si le premier se tient avec ses jambes blanches et raides, le second semble épuisé après avoir traîné son ombre noire écroulée. Les petits visages enveloppant son torse sont en train de se briser par une fissure de cette masse solide. Sur l’émail blanc et transparent, les
traces de pigment rouge présentent une agitation de ce corps pour une survie, sa mort et sa perte. Dans Compulsive beauty, ouvrage consacré au surréalisme, l’historien d’art américain Hal Foster explique la notion d’inquiétante étrangeté (uncanny). En effet, nous l’éprouvons dans le cas de l’animé perçu comme inanimé, du mobile perçu comme immobile, du voilé perçu comme érotique, de l’explosif perçu comme figé. Dans cet ouvrage, il dit que la pulsion de la vie (Eros) est liée à celle de la mort (Thanatos). Parmi les œuvres de l’artiste, Face à l’immortalité illustre le mieux ces deux pulsions dont parle Foster.

Baek Ki-young, Responsable de recherche au Musée d’Art de la Ville de Séoul/
Traduction du coréen par Koo Moduk 2017 dans La Chose silencieuse : un monastère céramique plongé dans ses pensées


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